Made in France solaire : le rêve industriel s'effondre, un seul fabricant tient encore debout |
Le 19 mai 2026, l'entreprise Carbon a officiellement renoncé à son projet de giga-usine de panneaux solaires à Fos-sur-Mer. Avec cet abandon disparaissent 1,7 milliard d'euros d'investissement et 3 000 emplois potentiels. Le motif invoqué par l'entreprise elle-même est sans détour : l'impossibilité de rivaliser avec les prix chinois, faute de protection du marché européen. Ce n'est malheureusement pas un accident isolé, c'est la confirmation d'une tendance de fond qui dure depuis plusieurs années. |
Un cimetière industriel qui s'est encore agrandi |
Photowatt et Systovi, deux pionniers historiques du solaire français, ont cessé leur activité en 2025, victimes de la même pression concurrentielle asiatique. Recom-Sillia a fermé son usine bretonne pour partir s'installer en Italie, après avoir pourtant investi 30 millions d'euros pour faire passer sa capacité de production de 50 à 500 mégawatts. Un investissement englouti, pour finalement quitter le territoire plutôt que d'y résister. |
Il ne reste aujourd'hui qu'un seul projet de grande envergure encore en course : HoloSolis, à Hambach en Moselle, qui a accueilli un nouvel investisseur en juin 2026. La construction a démarré en 2026, les premiers modules sont attendus en 2027, avec un lancement opérationnel visé pour 2028. Un projet à surveiller, mais dont l'aboutissement reste à confirmer dans un secteur qui vient de voir son projet le plus emblématique s'effondrer. |
Voltec Solar, le dernier vrai fabricant français à l'échelle industrielle |
Une entreprise continue de produire réellement des panneaux sur le sol français, à l'échelle industrielle : Voltec Solar, installée depuis 2008-2009 à Dinsheim-sur-Bruche, près de Strasbourg. Plus de 100 employés, usine à plein régime, panneaux certifiés bas carbone (elle fait partie des rares fabricants dont certaines références figurent sur la liste officielle des panneaux éligibles à la TVA à 5,5%). Seules les cellules elles-mêmes viennent d'Asie, faute de fabricant de cellules photovoltaïques sur le territoire français, mais l'assemblage, la soudure, l'encapsulation et les tests sont bien réalisés en France. |
Signe que l'entreprise ne se contente pas de survivre mais cherche à se projeter vers l'avenir : elle travaille avec l'Institut Photovoltaïque d'Île-de-France (IPVF) sur la technologie tandem pérovskite-silicium, avec l'ambition de produire un jour ces modules de nouvelle génération directement en France. |
DualSun : une réalité plus nuancée qu'il n'y paraît |
DualSun occupe la première place du marché résidentiel français, avec près de 28% de parts de marché, et se présente largement comme une marque française. La réalité mérite d'être détaillée poste par poste. Seule sa gamme hybride SPRING (qui produit à la fois de l'électricité et de la chaleur) bénéficie d'une fabrication et d'un assemblage réels en France, à l'usine de Jujurieux dans l'Ain, avec plus de 50% de la valeur ajoutée réalisée sur le territoire pour cette gamme précise. |
Sa gamme classique FLASH, qui représente la majorité de ses ventes, est entièrement fabriquée en Chine par le sous-traitant DMEGC. DualSun appose sa propre marque sur un produit qu'elle ne fabrique pas, une pratique courante dans l'industrie appelée marque de distributeur ou "private label". La conception du produit et le service après-vente restent français, mais pas la fabrication elle-même. Ce n'est pas nécessairement un problème en soi, à condition de le savoir : un panneau DualSun FLASH et un panneau générique chinois de même technologie peuvent sortir de la même chaîne de production. |
Ce que ça change pour votre devis |
Le constat de fond n'a pas changé depuis les premières observations sur le sujet : un panneau réellement fabriqué en France coûte plus cher qu'un panneau importé, l'écart se situant généralement entre 5 et 15% selon les gammes comparées. Ce qui a changé, en revanche, c'est le nombre d'options disponibles pour qui souhaite vraiment un produit fabriqué sur le territoire : il ne reste concrètement que Voltec Solar à l'échelle industrielle aujourd'hui, en attendant de voir si HoloSolis tient ses délais. |
Si le critère qui compte pour vous est un panneau réellement conçu et assemblé en France, la seule vérification fiable reste de demander explicitement le nom du fabricant et le lieu de fabrication sur le devis, plutôt que de se fier à une marque à consonance française. Comme le montre l'exemple de DualSun, une entreprise française et un panneau fabriqué en France ne désignent pas toujours la même chose. |