Les installations solaires prennent-elles vraiment feu ?


Les installations solaires prennent-elles vraiment feu ?

☀️ La Lettre du Solaire #10


Les installations solaires prennent-elles vraiment feu ?

Depuis quelques mois, difficile de passer à côté : sur les forums dédiés au solaire, quelqu'un finit toujours par évoquer une installation qui aurait pris feu. Le message revient souvent sous la même forme, un peu anxiogène, jamais très précis. Alors regardons ce que disent vraiment les chiffres, sans minimiser le sujet mais sans céder à la panique non plus.

Le risque réel : une chance sur 10 000

Le chiffre qui revient le plus souvent dans les études du secteur, c'est celui-là : environ un cas d'incendie pour 10 000 installations solaires. Les bases de données officielles (ARIA, côté ministère de l'Écologie, et les relevés des services d'incendie) recensent moins de cinquante sinistres confirmés par an en France. Pour donner un ordre de grandeur : le parc français dépasse aujourd'hui 1,3 million d'installations raccordées. Moins de cinquante incidents par an sur un tel volume, ce n'est ni zéro risque, ni un danger généralisé.


Ce qui prend feu, en réalité

Le point le plus important à retenir : ce n'est presque jamais le panneau lui-même qui s'enflamme. Les données 2025 des services d'incendie et des assureurs sont assez nettes sur ce point : la grande majorité des départs de feu liés au solaire domestique proviennent d'un problème précis, un échauffement incontrôlé au niveau des connecteurs et des boîtes de jonction. Concrètement : une connexion mal sertie ou corrodée par l'humidité crée une résistance électrique localisée. Cette résistance chauffe, et peut finir par générer un arc électrique.

Je peux en parler concrètement, parce que ça m'est arrivé. Sur ma centrale de 20 kWc, je me suis retrouvé avec un câble grillé sur deux phases, entre la centrale et le compteur Linky. Un rapport d'audit effectué par une entreprise (agréée RGE et QualiPv), pourtant payé 500€, n'avait même pas identifié cette cause précise malgré des mesures qui montraient déjà un écart de tension suspect entre les phases. Le câble n'a heureusement pas pris feu, mais le mécanisme est exactement celui décrit plus haut : une connexion dégradée qui chauffe, jusqu'à devenir un point de défaillance. Ça n'est resté un near-miss que par chance de calendrier, pas parce que le risque était nul.

Rare, mais pas anodin quand ça arrive

Un point à ne pas balayer trop vite : une étude Axa portant sur des installations de toiture de 36 kWc et plus montre que les incendies ne représentent que 6% des sinistres sur ce type d'installations, mais 60% du coût total supporté par les assureurs. Autrement dit : c'est rare, mais quand ça arrive, les dégâts sont sérieux. La fréquence est faible, la gravité potentielle ne l'est pas.

Ce qui fait vraiment la différence

Trois éléments reviennent systématiquement dans les analyses des experts en cause d'incendie :

  • La qualité de la pose. Une installation RGE, conforme à la norme NF C 15-100 et validée par le Consuel, élimine l'essentiel du risque lié à un mauvais câblage.
  • La qualité des connecteurs et du matériel. Du matériel bas de gamme mal assemblé vieillit plus vite, et une connexion qui se dégrade avec les années est justement le point de départ le plus fréquent.
  • La maintenance. Un contrôle visuel de temps en temps (poussière, connexions, état des câbles) permet de repérer un problème avant qu'il ne s'aggrave.

De plus en plus d'installations intègrent aussi des dispositifs de détection d'arc électrique (AFCI) ou des optimiseurs de sécurité, qui coupent automatiquement en cas d'anomalie détectée

Un facteur qui change presque tout : le type de pose

Un chiffre mérite d'être isolé, parce qu'il change complètement la lecture du risque : une étude de référence (Saretec) montre que 99% des sinistres recensés (infiltrations, dysfonctionnements électriques et incendies confondus) concernent des installations intégrées au bâti c'est à dire lorsque les panneaux sont insérés directement dans la toiture, sans lame d'air en dessous, contre seulement 1% pour les installations en surimposition (posées au-dessus de la couverture existante, avec un espace de ventilation).

L'intégration au bâti est une technique aujourd'hui abandonnée par la filière, principalement installée entre le milieu des années 2000 et 2013. La quasi-totalité des installations récentes sont en surimposition : l'espace sous les panneaux permet une ventilation naturelle qui limite justement la surchauffe et les arcs électriques dont on parlait plus haut. Si votre installation est récente, il y a de très bonnes chances qu'elle soit déjà dans la catégorie la plus sûre.

Autre idée reçue à corriger au passage : non, les panneaux solaires n'attirent pas la foudre plus qu'une antenne de télévision ou n'importe quel élément métallique en toiture. Le risque lié à la foudre existe (on en a parlé plus haut avec les arcs électriques), mais il n'est pas spécifique au solaire.

Ce que ça change concrètement pour vous

Si vous avez un devis en cours, ce sujet mérite d'être regarder à deux fois. C'est exactement ce que je regarde dans une revue de devis : pas seulement le prix au kWc, mais la qualité du matériel annoncé, le détail (ou l'absence de détail) sur les connecteurs et la fixation, et si l'installateur pose réellement lui-même ou sous-traite. Un devis qui ne dit rien de précis sur ces points, ce n'est pas juste un manque d'information sur le rendement, c'est aussi un flou sur la sécurité.

Et si vous avez déjà une installation et que quelque chose vous semble anormal (un disjoncteur qui saute sans raison claire, une odeur inhabituelle, un onduleur qui décroche sans que vous compreniez pourquoi), le vrai risque n'est pas de s'inquiéter à tort, c'est d'hésiter trop longtemps avant de savoir qui appeler. C'est précisément pour ça que la Boussole SAV existe : vous aider à comprendre ce qui se passe et vers qui vous tourner en 48h, plutôt que de laisser traîner un signal qui, comme sur ma propre centrale, aurait pu mal tourner.

Analyse basée sur des données publiques (ARIA, services d'incendie, études assurantielles). Ceci reste une information générale, pas un diagnostic de votre installation.