C'est LE sujet qui revient sans arrêt en ce moment. Une batterie sans matériel, sans installation et pour un budget bien inférieur à une vraie batterie physique, sur le papier, ça a tout d'une martingale. Sauf qu'un événement récent, début 2026, montre exactement pourquoi ce nom est trompeur, et pourquoi il vaut mieux comprendre le mécanisme avant de signer.
Vous injectez votre surplus sur le réseau comme d'habitude. Plutôt que de le vendre au tarif de rachat (qu'on sait désormais ridicule, à 1,1 c€/kWh), le fournisseur vous crédite un solde virtuel de kWh, que vous "retirez" plus tard, par exemple le soir, en hiver, en gros quand votre production ne suffit pas. Ca évite donc de l'acheter au tarif plein du réseau.
Le mot "batterie" fait croire à un stockage physique. En réalité, c'est plus proche d'un avoir commerçant : vous ne stockez rien, vous accumulez un crédit chez un fournisseur, que vous dépensez plus tard selon ses propres conditions.
Le 13 janvier 2026, le ministère de l'Économie a retiré son agrément de fournisseur d'électricité à JPME, l'un des principaux acteurs du marché de la batterie virtuelle. Cette perte d'agrément fait suite à une enquête ouverte depuis 2024 sur sa situation financière et ses pratiques commerciales, signalée par le Médiateur national de l'énergie et la Commission de Régulation de l'Energie (CRE). Ses clients ont été automatiquement basculés chez EDF.
Et voilà le point crucial : leurs crédits de kWh "stockés" ont disparu, sans compensation. Des gens qui avaient patiemment accumulé de l'électricité virtuelle pendant des mois se sont retrouvés avec un compteur remis à zéro du jour au lendemain. C'est exactement le risque qu'on évoquait en théorie à chaque fois qu'on parle d'un fournisseur alternatif , sauf que là ce n'est plus une hypothèse, c'est bien arrivé.
La batterie virtuelle a un coût structurel qu'on ne vous montre pas toujours clairement : vous payez le TURPE (Tarif d'Utilisation des Réseaux Publics d'Electricité) deux fois. Une première fois à l'injection de votre surplus (environ 0,02€/kWh), une seconde fois au retrait (environ 0,06€/kWh), soit près de 0,08€ de taxes réseau par kWh stocké. Pas de paiement du TURPE avec une vraie batterie physique autoconsommée sur place.
La rentabilité réelle, d'après une étude Hello Watt de 2024 : entre 7 et 11 ans de retour sur investissement, donc rien de miraculeux.
Le vrai risque à connaître avant de signer : en cas de coupure de courant, vous perdez l'accès à vos kWh stockés. Une batterie physique, elle, peut continuer à alimenter la maison en cas de panne réseau. Ce n'est pas un détail anodin si vous cherchiez justement une solution de secours.
Le marché s'est déjà réduit à deux acteurs principaux (Urban Solar Energy et MyLight150) depuis la faillite de JPME, un signal d'alerte en soi. Si vous envisagez ce type de solution, vérifiez systématiquement la solidité financière du fournisseur (pas juste son discours marketing), et posez-vous la vraie question : cherchez-vous à optimiser un rendement financier (dans ce cas, comparez sérieusement avec une vraie batterie -> on fera le calcul dans une prochaine lettre), ou une solution de secours en cas de coupure (dans ce cas, la batterie virtuelle ne répond tout simplement pas au besoin) ?