20 kWc depuis 2010 : mes vraies factures solaires, sans filtre


20 kWc depuis 2010 : mes vraies factures solaires, sans filtre

☀️ La Lettre du Solaire #4


Ma centrale a 16 ans. Voici ce que 16 ans de factures racontent vraiment.

Je vous parle souvent de calculs, de simulateurs, de devis, cette fois, je vous montre les vraies factures. Ma centrale de 20 kWc tourne depuis 2010, contrat EDF OA signé en novembre de la même année. J'ai ressorti l'historique complet, semestre par semestre, jusqu'à aujourd'hui. Voilà ce qu'on y trouve, sans filtre.

Le chiffre qui m'a le plus surpris : la stabilité

Sur 13 ans (2011-2023), la production oscille entre 16 760 et 22 655 kWh/an, pour une moyenne de ~20 000 kWh/an. Le solaire a la réputation d'un matériel qui "se dégrade", sur mes chiffres en tout cas, la réalité est beaucoup plus stable que ce qu'on imagine à l'échelle globale. Mais en regardant année par année, une histoire plus précise se dessine et elle valide directement ce qu'on disait dans un numéro précédent sur l'entretien. 

Une vraie histoire, une fausse piste, et un signal réel

Le creux de 2015 (16 760 kWh, le plus bas de toute la série) n'a rien à voir avec l'entretien : un épisode de grêle a cassé plusieurs panneaux, remplacés sur prise en charge de l'assurance. Concernant le premier nettoyage des panneaux, lui, a eu lieu en 2017.

Une fois corrigée, l'histoire "avant/après nettoyage" que j'espérais vous montrer ne tient plus vraiment : l'année suivant le nettoyage de 2017 (2018 : 20 358 kWh) est quasiment identique à l'année du nettoyage elle-même (2017 : 20 483 kWh), pas de rebond net visible dans mes chiffres. Honnêtement, je n'ai pas de preuve solide à vous montrer sur l'effet immédiat du nettoyage à partir de ce seul tableau.

Ce qui reste réel, en revanche : de 2018 à 2023, soit les six années suivant ce nettoyage de 2017, la production glisse doucement de 20 358 à 18 371 kWh, une baisse de près de 10%. C'est un déclin lent et cumulatif, pas un effondrement, mais c'est bien ce chiffre là (une perte d'environ 10%) qui m'a convaincu de reprogrammer un nettoyage cette année, huit ans après le précédent, bien que d'autres explications peuvent expliquer une partie de cette baisse de 10% (baisse de la performance des panneaux sur la durée notamment).

2024-2025 : la seule vraie anomalie de la série, et une vraie leçon de patience

Ces deux années sortent nettement du lot dans mes tableaux. La cause : un arc électrique sur le câble entre la centrale et le compteur Linky, déclenché par un orage mais avec une dégradation lente plutôt qu'une panne franche et immédiate. Résultat : pas un, ni deux, mais trois compteurs Linky grillés successivement, sans que personne ne comprenne pourquoi pendant longtemps.

J'ai fait intervenir un professionnel pour un audit complet de l'installation sans succès, la panne restait invisible. Mais ce n'est pas tout : plutôt que d'admettre ne pas trouver la cause, cet audit s'est conclu par une proposition commerciale pour remplacer des panneaux et les trois onduleurs (SMA) par des neufs, alors que tout fonctionnait parfaitement une fois le câble effectivement remplacé

Facture évitée en disant non : plus de 10 000€. Coût réel du vrai problème, une fois identifié : 1 300€, le prix du câble et de la main d'œuvre de l'électricien. Un rappel utile, cohérent avec ce qu'on disait dans un numéro précédent sur les devis à faire vérifier avant de signer : un diagnostic qui se termine par une proposition commerciale pour changer du matériel mérite toujours un deuxième avis.

Il aura fallu, au final, un technicien Enedis particulièrement tenace pour mettre le doigt sur le vrai problème, après près de deux ans d'échanges et de tentatives infructueuses. La dégradation progressive du câble expliquait tout : difficile à détecter tant qu'elle ne provoque pas un défaut franc et reproductible.

Les valeurs affichées dans le graphique pour 2024 et 2025 sont donc une estimation par extrapolation : plutôt que de revenir à la moyenne historique sur 17 ans (ce qui aurait effacé artificiellement la tendance baissière déjà en cours depuis 2018), j'ai appliqué le rythme de baisse observé sur les 5 années précédentes (-2,03%/an entre 2018 et 2023) à partir de la valeur réelle de 2023. Ça donne environ 17 999 kWh pour 2024 et 17 634 kWh pour 2025, plus bas que la moyenne globale, mais plus cohérent avec la trajectoire réelle de l'installation à cette période. Ce n'est toujours pas la production réellement facturée ces deux années, mais une estimation qui respecte la dynamique en cours plutôt qu'une moyenne qui la gomme.


Ce que j'en retiens, et qui rejoint directement l'esprit de la Boussole SAV : un défaut qui se dégrade lentement peut échapper même à un audit professionnel sérieux et quand un audit ne trouve rien, méfiez vous s'il se termine quand même par un devis pour tout remplacer. Parfois, la solution ne vient pas du premier expert consulté, ni du plus cher, mais de la ténacité d'une seule bonne personne dans mon cas, un technicien Enedis qui n'a pas lâché l'affaire, pour un tiers du prix qu'on essayait de me vendre pour un problème mal diagnostiqué.

Ce que ça donne en argent, sur 15 ans

Le tarif de rachat de mon contrat a été indexé chaque année, comme prévu : 0,60176 €/kWh en 2011 → 0,75064 €/kWh en 2026, soit +25% sur la période. C'est la preuve chiffrée que la clause d'indexation annuelle des contrats OA n'est pas qu'une ligne dans les petits caractères, elle a réellement joué, année après année, sans que j'aie rien à faire.

Sur les 15 années de données propres (hors 2024-2025), le total facturé dépasse 230 000€ pour une installation dont le coût initial, en 2010, était sans commune mesure avec les prix d'aujourd'hui, même en tenant compte de l'inflation et des coûts de raccordement de l'époque, plus élevés qu'aujourd'hui.

Ce que j'en tire, avec le recul

  • Le nettoyage a probablement un effet réel, mais je ne peux pas le prouver proprement avec mes seules données annuelles, la baisse progressive de ~10% sur 6 ans est un signal cohérent avec un encrassement lent, sans être une démonstration parfaite (d'autres facteurs jouent aussi d'une année sur l'autre)
  • Le vrai risque n'est pas toujours celui qu'on anticipe : pas la casse, pas la saleté, mais un aléa technique ou de raccordement, complètement indépendant de la qualité de l'installation
  • Les installations photovoltaïques sont globalement fiables si c'est dès le départ le matériel utilisé est de qualité, et permet d'obtenir une stabilité de production dans la durée.