☀️ La Lettre du Solaire #6
On vous paie pour consommer de l'électricité cet été. Non, ce n'est pas une blague. |
Dans ma vie de gérant de portefeuille, j'ai déjà vu des prix négatifs sur les marchés, et pas qu'une fois. Le souvenir le plus spectaculaire reste le WTI (le pétrole américain), tombé à environ -37$ le baril en avril 2020, en pleine panique Covid, faute de place pour stocker le brut produit. Ainsi, un vendeur payait littéralement l'acheteur pour lui prendre son pétrole. Mais il y a aussi eu, plus discrètement, les taux d'intérêt négatifs en zone euro pendant plusieurs années : des banques qui payaient pour vous prêter de l'argent, des épargnants qui payaient pour laisser leur argent en banque. Sur le moment, ça semblait être une anomalie temporaire liée à une politique monétaire exceptionnelle, mais ça a duré des années. |
Je raconte ça parce que voir le même genre de mécanique s'installer durablement sur le prix de l'électricité française, pas pour une journée de panique, mais des centaines d'heures chaque année, ça reste surprenant au premier abord. Et pourtant, c'est exactement ce qui se passe en France depuis le début de l'année : des heures entières où le prix de marché de l'électricité passe sous zéro. Littéralement, produire de l'électricité coûte de l'argent plutôt que d'en rapporter.
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Les chiffres, et ils sont vertigineux |
- 408 heures de prix négatifs rien que sur le premier semestre 2026 , déjà plus que le total de l'année 2023 entière (147 heures)
- La progression est fulgurante d'année en année : 102 heures en 2020, 147 heures en 2023, 352 heures en 2024, 513 heures sur toute l'année 2025... et déjà 408h en seulement six mois pour 2026
- Le record absolu : -498,65€/MWh le 1er mai 2026 à 13h30 soit un nouveau plancher historique pour la bourse européenne Epex
- En incluant les heures à prix nul (pas juste négatif), on grimpe à 570 heures sur le seul premier semestre
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A noter que le mois d'avril 2026 a été particulièrement spectaculaire : 90% des jours du mois ont affiché des prix nuls ou négatifs sur le marché du lendemain. Le spread (l'écart entre l'heure la plus chère et la moins chère de la journée) a atteint 143€/MWh en avril, du jamais vu, même en comparant avec le pic de la crise énergétique de 2022, où cet écart n'avait jamais dépassé 100€/MWh.