Vos panneaux dureront probablement plus longtemps que ce qu'on vous a promis


Vos panneaux dureront probablement plus longtemps que ce qu'on vous a promis

Vos panneaux dureront probablement plus longtemps que ce qu'on vous a promis

Un devis solaire affiche presque toujours la même mention : garantie de performance 25 ans, parfois 30. Ce chiffre est devenu une sorte de référence universelle, reprise partout, jamais vraiment questionnée. Une étude publiée cette année change la donne , pas parce qu'elle invente quelque chose de nouveau, mais parce qu'elle apporte enfin des données réelles, sur le très long terme, là où on ne disposait jusque-là que d'extrapolations de laboratoire.

Une étude qui a 30 ans d'avance sur les autres

Publiée en mai 2025 dans la revue scientifique EES Solar, l'étude "Three decades, three climates" (Özkalay et al.) a suivi six installations solaires suisses posées entre 1987 et 1993. Pas des simulations, pas des tests accélérés en labo : plus de 20 ans de données de monitoring réel, poussées jusqu'à 30-35 ans pour certaines installations. Toutes équipées de modules de la même famille (Siemens AM55/SM55), mais réparties sur des sites très différents : vallées basses, stations de montagne, sites en haute altitude.

C'est précisément ce recul qui manquait à la recherche jusqu'ici : le solaire résidentiel à grande échelle a une trentaine d'années d'existence tout au plus, donc personne n'avait encore pu observer ce qui se passe vraiment sur une durée aussi longue, en conditions réelles.

Le chiffre qui change la perspective : -0,24% par an

Les chercheurs ont mesuré une perte de performance moyenne de 0,24% par an. Pour comparer, la littérature scientifique cite habituellement une fourchette de -0,75% à -1% par an, soit environ trois fois plus rapide que ce qui a été réellement observé sur ces installations suisses.

Conséquence directe : la plupart des panneaux étudiés conservaient encore plus de 80% de leur puissance d'origine après 30 à 35 ans d'exploitation continue. Bien au-delà de la garantie de performance habituellement annoncée sur les devis.

Un signal similaire est venu de France entre-temps. L'association Hespul a testé la plus ancienne installation résidentielle du pays, posée en 1992. Après 31 ans de service, elle conservait environ 80% de sa capacité d'origine, un résultat qui recoupe presque exactement les chiffres suisses, sur un site totalement différent.

Ce qui fait vraiment la différence : pas le climat, la qualité des matériaux

Le résultat le plus intéressant de l'étude n'est peut-être pas le chiffre de dégradation lui-même, mais ce qui l'explique. Les chercheurs ont identifié le "bill of materials" , c'est-à-dire la qualité des composants utilisés (encapsulant, film de protection arrière, procédé de fabrication), comme le facteur le plus déterminant pour la longévité d'un panneau. Plus déterminant que le climat.

Autrement dit : même au sein d'une même famille de produits, chez un même fabricant, des variations de qualité de fabrication produisent des écarts de dégradation significatifs sur le long terme.

Le climat garde tout de même un rôle, mais secondaire : les installations situées en basse altitude, où la surface des panneaux peut atteindre des températures jusqu'à 20°C plus élevées qu'en altitude, montrent une dégradation accélérée de l'encapsulant, le matériau qui protège les cellules, pouvant mener à des infiltrations d'humidité et de la corrosion localisée.

Le point de vigilance à ne pas ignorer

Il serait tentant de conclure "les panneaux durent forcément longtemps, point final". Ce n'est pas ce que dit l'étude. Les chercheurs eux-mêmes soulignent un paradoxe : les panneaux modernes, optimisés pour maximiser le rendement et réduire les coûts de production, utilisent parfois des matériaux plus fins et de moindre épaisseur que ceux des années 1990. Rien ne garantit que les panneaux posés aujourd'hui bénéficieront de la même longévité que ceux testés dans cette étude, c'est justement la qualité de fabrication (le fameux "bill of materials") qui fera la différence, pas l'âge de la technologie en tant que tel.

Ce que ça change concrètement

Si vous envisagez une installation : la durée de vie réelle dépasse probablement la garantie affichée sur le devis, mais cette longévité dépend directement de la qualité des matériaux utilisés, un argument de plus pour ne jamais choisir un panneau uniquement sur le prix au Wc.

Si vous achetez une maison déjà équipée : un système solaire de 5, 10 ou même 15 ans ne devrait pas être un motif d'inquiétude automatique. Les données réelles suggèrent qu'il produira encore correctement pendant longtemps.

Sur le plan financier : une durée de vie plus longue que prévu améliore mécaniquement le coût actualisé de l'énergie produite (le fameux LCOE : Levelized Cost of Energy/Coût actualisé de l'énergie) et l'empreinte carbone rapportée à la durée d'usage, un point qui pourrait, à terme, pousser certains fabricants à revoir leurs garanties à la hausse.

Source : Özkalay, E. et al., "Three decades, three climates: environmental and material impacts on the long-term reliability of photovoltaic modules", EES Solar, 2025. Complété par les données Hespul sur l'installation française de 1992